L’espace potentiel ou l’aire de créativité : un espace de repos soulageant l’être humain du tragique de sa condition
L'espace potentiel : un espace de repos soulageant l'être du tragique de sa condition
Entre le sentiment d’omnipotence, donnant à l’enfant l’illusion de créer le monde et la prise en compte de la réalité, c’est-à-dire accepter le tragique de notre condition humaine et de notre funeste destinée, il existe une aire intermédiaire d’expérience, un espace de repos qui soulage l’être de sa condition.
Cette troisième aire, Winnicott l’appelle l’aire intermédiaire d’expérience, un espace potentiel, elle est une aire de créativité qui n’est pas contestée :
L’illusion est à l’origine de cet espace potentiel : le bébé se vit comme créateur du monde et cette expérience servira de matrice à son rapport au monde qu’il entretiendra tout au long de son existence.
Cette expérience d’omnipotence originaire est rendue possible grâce à la complicité de la mère, qui s’adapte parfaitement aux besoins de son enfant. Lorsque la faim de son enfant se manifeste, elle propose au bon moment son sein, donnant ainsi l’impression à l’enfant qu’il a créé et trouvé le sein.
Pour illustrer cette idée, D.W.Winnicott propose d’imaginer un bébé qui n’aurait pas été encore nourri :
C’est à partir de cette expérience d’omnipotence, donnant à l’enfant l’impression qu’une réalité conforme à ses désirs, existe, que l’enfant sera capable de frustration et de parvenir même un jour à l’opposé de l’omnipotence et d’avoir le sentiment de n’être qu’une petite poussière dans l’univers.
Entre l’illusion d’omnipotence et le sentiment de n’être qu’une poussière dans l’univers, un espace de créativité, un espace qui se situe entre créativité primaire et la perception objective basée sur l’épreuve de la réalité ; passage fondamental au cours du développement de l’enfant où il s’agit de passer d’une continuité sans limite entre deux êtres à une continuité entre deux êtres contigus, du subjectivement conçu à l’objectivement perçu. Cette aire intermédiaire d’expérience (entre réalité interne et réalité externe), subsistera tout au long de la vie ; elle se transformera en aire transitionnelle puis en aire culturelle.
La créativité est une réponse face à la réalité « offensante ». Elle est inhérente au fait de vivre et revêt d’un caractère universel. Il s’agit de penser la créativité dans une acceptation très large, c’est-à-dire qu’il s’agit moins ici de penser la créativité en la réduisant à la création artistique mais davantage à un mode créatif de perception, de penser à cette créativité qui permet à l’individu une certaine approche de la réalité extérieure, à sa façon singulière d’être au monde, celle qui lui permet d’agir sur le monde, lui donnant ainsi le sentiment que la vie vaille la peine d’être vécu .
Dans le cas contraire, l’individu se laisse écraser continuellement par soumission au monde qui empiète sur lui, il est incapable de vivre de façon créative et doute de la valeur de la vie :
Ainsi, pour que la vie vaille la peine d’être vécue, la créativité doit faire partie de l’expérience. Elle se manifeste comme une façon d’être qui permet d’agir sur le monde, prolongeant la capacité originaire à « créer le monde ».
À l’inverse, la soumission à la réalité extérieure réduit l’individu à une adaptation de complaisance, source d’un sentiment de futilité et de perte du sens de vivre.
