Espace Particuliers

Consultations individuelles

Prise en soins des traumatismes psychiques, des ruptures de vie et des vulnérabilités subjectives contemporaines.

État des lieux de la santé mentale

La santé mentale a été désignée Grande Cause nationale en France en 2025, prolongée en 2026. En outre, cela nous indique la place que cette question occupe désormais dans le débat public. Mais cette reconnaissance institutionnelle contraste encore avec un recours aux soins très partiel : la souffrance psychique reste largement sous-déclarée, freinée par le coût, la crainte du jugement et le manque d’information sur les ressources disponibles.

15,6 %

des adultes de 18 à 79 ans ont vécu un épisode dépressif caractérisé au cours des 12 derniers mois (18,2 % chez les femmes, 12,8 % chez les hommes).

Source : Santé publique France — Baromètre 2024

6,3 %

des adultes ont présenté un trouble anxieux généralisé dans l’année — près du double chez les femmes (7,6 %) par rapport aux hommes (4,8 %).

Source : Santé publique France, 2025

1 personne sur 2

ayant vécu un épisode dépressif n’a consulté aucun professionnel de santé ou de santé mentale dans l’année.

Source : Santé publique France, 2025

≈ 9000

décès par suicide chaque année en France ; 5,2 % des adultes déclarent des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois.

Source : Observatoire national du suicide

> 115 000

décès annuels en France attribués à la consommation d’alcool et de tabac, les deux substances les plus consommées.

Source : OFDT, 2025

> 1 Milliard

de personnes dans le monde (14 % de la population) vivent avec un trouble de santé mentale, l’anxiété et la dépression étant les plus fréquents.

Source : OMS, septembre 2025

Champ clinique

Traumatismes et ruptures de vie

On confond souvent le traumatisme avec l’évènement lui-même. Or, le traumatisme n’est pas l’évènement mais la conséquence psychique de cet évènement. En outre, il dépendra des facteurs individuels.

En somme, ce qui est traumatique résulte de la rencontre entre un sujet et un vécu qui ne peut être symbolisé.

Les études internationales situent la prévalence du stress post-traumatique entre 5 et 12 % en population générale sur la vie entière, tandis qu’une enquête menée en France métropolitaine retrouve des troubles psychotraumatiques cliniquement significatifs chez environ une personne sur vingt. 

 

Anxiété et dépression

Ce sont les motifs de consultation les plus fréquents. Loin d’un simple « coup de fatigue », l’anxiété et la dépression associent épuisement physique, ruminations, perte de plaisir, troubles du sommeil et sentiment persistant de ne pas être à la hauteur. En France, le trouble anxieux généralisé touche 6,3 % des adultes sur l’année et l’épisode dépressif caractérisé 15,6 %, avec une surreprésentation nette des femmes, des jeunes adultes et des personnes en situation de précarité.

La place croissante de la dépression dans nos sociétés ne peut se comprendre indépendamment d’une mutation sociale.

En effet, l’accent est mis sur l’individu performant : un individu capable de toujours faire mieux, toujours se dépasser, de s’adapter à un monde instable et imprévisible et d’être heureux. Place à l’action, le sujet contemporain, à présent libre et conquérant se voit ainsi saisi d’une mission, celle de prendre son destin en main  pour obtenir richesse, gloire et beauté, sur fond d’utopie égalitaire.

En effet, la société lui dit que tout est possible mais que c’est à lui de faire des choix et de se dépasser, la puissance est en lui. Une puissance individuelle d’autant plus sacralisée que l’impuissance collective semble s’imposer.

Alors notre contemporain, dans sa fragilité, ses tremblements, sa condition humaine tout simplement, se trouve rapidement dépassé : il ne dispose pas en réalité, des moyens nécessaires pour accéder aux buts valorisés par la société.

Il sera ainsi en proie à un sentiment d’insuffisance et de culpabilité d’insuffisance, au mal-être et à la dépression, conséquences directes de la dichotomie entre le Moi (qui je suis) et l’Idéal du Moi (l’idéal que j’ai de moi et des idéaux imposés par la société.)

 

Problématique identitaire

Un sujet se conçoit et se construit avec son environnement, « le centre de gravité de l’individu ne naît pas à partir de l’individu. Il se trouve dans un ensemble environnement-individu » (Winnicott, L’angoisse liée à l’insécurité, 1952). En effet, c’est l’environnement qui structure l’individu, c’est par le regard de l’autre que se construit l’identité (cf : le narcissisme naît dans le regard de l’autre)  et nous constatons un phénomène tout à fait surprenant qui est cette inversion des données : le sujet tente à présent de se construire sans tenir compte de son environnement, pour demander ensuite, la reconnaissance de cette construction par l’autre, toujours indispensable :

« La caractéristique fondamentale de la personnalité contemporaine serait l’effacement de cette structuration par l’appartenance. L’individu contemporain aurait en propre d’être le premier individu à vivre en ignorant qu’il vit en société. Le premier individu à pouvoir se permettre, de par l’évolution même de la société, d’ignorer qu’il est en société. Il ne l’ignore pas, bien évidemment, au sens superficiel où il ne s’en rendrait pas compte. Il l’ignore en ceci qu’il n’est pas organisé au plus profond de son être par la précédence du social et par l’englobement au sein d’une collectivité avec ce que cela a voulu dire, millénairement durant, de sentiment de l’obligation et de sens de la dette. L’individu contemporain, ce serait l’individu déconnecté symboliquement et cognitivement du point de vue du tout, l’individu pour lequel il n’y a plus de sens à se placer au point de vue de l’ensemble. » Marcel Gauchet, La démocratie contre elle-même, 2002 

Pensant s’affranchir de la nécessité de l’autre, des codifications sociales pour toujours plus de liberté, en l’absence de normes et de valeurs qui soutiennent un individu et permettent une certaine solidité interne, le sujet contemporain est en réalité d’autant plus assujetti puisqu’en l’absence d’une structuration interne solide, le regard de l’autre devient une impérieuse nécessité pour pallier au vide qui le structure.

Les pathologies du lien

 

Certaines souffrances se manifestent avant tout dans sa manière d’être en relation. Ce qui fait souffrir n’est pas uniquement ce que l’on ressent en soi, mais ce qui se répète avec l’autre : conflits récurrents, attachements douloureux, impossibilité de se séparer, peur de l’abandon, difficulté à supporter la proximité, dépendance affective, relations d’emprise ou sentiment de toujours rejouer la même histoire.

Dans cette perspective, le lien n’est pas un simple échange entre deux individus. Il engage des mouvements profonds d’attachement, d’identification, de dépendance, de défense, parfois hérités des premières expériences relationnelles et des transmissions inconscientes familiales. Dès lors, certaines relations deviennent alors le lieu d’une souffrance répétitive : on aime, on s’attache, on se défend, on s’épuise, sans toujours comprendre pourquoi les mêmes scénarios reviennent.

La clinique du lien montre ainsi que certaines difficultés relèvent d’une organisation relationnelle plus archaïque, où la séparation, la différence et l’altérité deviennent elles-mêmes source d’angoisse. Le sujet peut alors osciller entre besoin de fusion et peur d’être envahi, entre recherche de proximité et nécessité de fuir, entre idéalisation de l’autre et rejet brutal.

C’est dans ce cadre que l’on peut comprendre ce que certains auteurs ont nommé la position narcissique paradoxale. Ce concept décrit des liens dans lesquels l’autre est vécu comme vital, tout en étant en même temps ressenti comme menaçant. La formule devenue classique  « vivre ensemble nous tue, nous séparer est mortel » en condense la logique.

Autrement dit, ni la proximité ni la distance ne peuvent être apaisantes. Le lien se transforme alors en cercle de tension permanente, fait de rapprochements et de ruptures, de collage et de rejet, d’appel à l’autre et de lutte contre son emprise.

Ces configurations se retrouvent dans la vie de couple, dans certaines relations familiales, mais aussi parfois dans les liens professionnels. Elles peuvent prendre la forme d’une ambivalence extrême, de conflits incessants, d’une dépendance affective intense, d’un besoin de contrôle, ou encore d’une impossibilité à mettre fin à une relation pourtant manifestement souffrante. Dans certains cas, la relation se fige dans des mouvements d’emprise, de dénigrement, de confusion ou de tyrannie affective, où chacun se sent pris dans une répétition qui le dépasse.

Travailler ces pathologies du lien consiste à rendre pensable ce qui, jusque-là, se rejouait dans le conflit, l’agir ou l’épuisement relationnel. Il s’agit de mettre en lumière ce qui, dans l’histoire du sujet, dans ses attachements précoces ou dans certains héritages psychiques, organise sa manière d’entrer en lien. 

Repères

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Les addictions

L’addiction se caractérise par l’impossibilité répétée de contrôler un comportement visant à produire du plaisir ou à écarter une sensation de malaise interne. Aussi, le sujet poursuit cette conduite en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives.

Nous parlons d’addiction lorsque

  • le besoin l’emporte sur le désir,
  • la sensation remplace l’émotion et la relation
  • un produit ou un comportement envahit le champ des plaisirs possibles et devient prioritaire et impérieux pour obtenir du plaisir ou apaiser une tension,
  • lorsque la passion l’emporte sur la raison.

En France, l’alcool et le tabac causent ensemble plus de 115 000 décès par an ; environ un million de personnes ont consommé de la cocaïne au moins une fois dans l’année et 900 000 personnes consomment du cannabis quotidiennement — des chiffres qui ne disent rien des formes plus silencieuses d’addiction (travail, écrans, jeu) de plus en plus présentes en consultation.

Pour en savoir plus, consulter notre article Comprentde les addictions : entre souffrance et quête de soi

 

 

Ce qui caractérise les souffrances subjectives contemporaines

Plusieurs lignées théoriques distinctes (sociologique, psychanalytique, philosophique) convergent depuis une quarantaine d’années vers un même diagnostic : la souffrance contemporaine ne se laisse plus décrire entièrement par les catégories classiques (névrose, conflit œdipien, culpabilité), parce que ce qui a changé, c’est la structure même qui soutenait autrefois la construction du sujet.

Ehrenberg pose le cadre général : le passage d’une société disciplinaire, organisée autour de l’interdit et de la culpabilité (le surmoi freudien classique), à une société de la performance, organisée autour de l’autonomie et de l’initiative individuelle. La dépression y devient la maladie de l’insuffisance — non plus « je n’ai pas le droit », mais « je ne suis pas à la hauteur ».

Gori prolonge ce diagnostic du côté de l’évaluation généralisée et de la désubjectivation : un sujet sommé de produire sans cesse les preuves de sa valeur finit par adopter, comme stratégie adaptative, la structure que Hélène Deutsch décrivait sous le nom de personnalité « as if » — un fonctionnement mimétique, sans relief intérieur propre.

Charles Melman et Jean-Pierre Lebrun, dans L’Homme sans gravité et Un monde sans limite, portent un diagnostic voisin depuis la psychanalyse lacanienne : ils décrivent un déclin du « grand Tiers » symbolique (l’instance d’autorité, de loi, de limite qui structurait autrefois le désir) au profit de ce qu’ils nomment une « nouvelle économie psychique ». On y passerait d’une économie du manque (le désir névrotique classique, structuré par l’interdit) à une économie de la jouissance immédiate, sans butée symbolique. Selon ces auteurs, c’est ce qui rendrait compte, de la multiplication contemporaine des addictions et des passages à l’acte, là où la névrose classique passait par la parole et le symptôme.

Christopher Lasch, dès 1979 dans La Culture du narcissisme, avait anticipé une partie de ce constat depuis la sociologie américaine : il décrit le narcissisme non comme un trait individuel pathologique isolé, mais comme la « personnalité modale » d’une société où l’effondrement des engagements collectifs durables (famille élargie, communauté, transmission) laisse l’individu sans étai stable, renvoyé à la construction permanente et anxieuse d’une image de lui-même.

Dany-Robert Dufour, dans Le Divin Marché, radicalise la critique du côté philosophique : il avance que le marché néolibéral a pris la place qu’occupaient autrefois la religion ou la morale comme instance organisatrice du rapport à la loi, produisant un sujet dérégulé, sans intériorisation stable d’une limite extérieure à lui-même.

Si l’on cherche ce que ces lectures ont en commun, nous pouvons isoler des récurrences :

  • l’affaiblissement des cadres symboliques collectifs (autorité, transmission, rites de passage) qui contenaient autrefois l’angoisse et organisaient la construction identitaire ;
  • le passage d’une logique de la faute à une logique de l’insuffisance — on ne se sent plus coupable d’avoir transgressé, mais inadéquat par rapport à une norme de performance qu’on doit soi-même produire ;
  • une tendance à la désubjectivation adaptative : épouser la forme du milieu plutôt que se construire une histoire propre ;
  • le recours croissant au corps et à l’agir (somatisation, addiction, passage à l’acte) plutôt qu’à la parole pour traiter la tension psychique ;
  • une solitude structurelle : chacun se retrouve seul face à des choix qu’un cadre collectif plus stable venait autrefois étayer.

Sources : Cairn.info — L’Homme sans gravité, Melman/Lebrun, Cairn.info — Un sujet sans subjectivité (nouvelle économie psychique), Cairn.info — Culture du narcissisme, Lasch, Cairn.info — Dufour, Le Divin Marché (commentaire critique).